ÊLEKTRON (ήλεκτρον)

" Le savoir que l'on ne complète pas chaque jour diminue tous les jours. " (Proverbe Chinois)

Les effets du courant électrique sur l'Humain

Introduction

Avant d’aborder le fonctionnement du coeur, il est nécessaire de définir deux termes: électrisation et électrocution.

On appelle électrisation le passage d'un courant électrique à travers le corps humain ainsi que l'ensemble des conséquences physiopathologiques liées à ce passage. Pour qu'une victime soit électrisée il faut que tout son corps ou une partie soit intégrée dans un circuit électrique fermé soumis à une tension. En termes électriques, il est nécessaire que deux points du corps de la victime soient amenés à un potentiel différent.

Le terme d'électrocution est réservé à toute électrisation immédiatement mortelle. Pour certains auteurs l'électrocution peut être due à tout décès directement lié aux conséquences du passage du courant. Cette définition élargie permet d'inclure les accidents mortels par brûlures électriques tout en excluant les brûlures thermiques ainsi que les traumatismes indirects par chute ou par projection.

Mécanismes physiologiques

L’électrisation peut affecter différents organes du corps humain. Les conséquences seront différentes, fonctions du centre affecté, pour ce qui est des causes d’électrocution, il y en a quatre :

  • Asphyxie d’origine ventilatoire périphérique;
  • Asphyxie d’origine ventilatoire centrale;
  • Asphyxie d’origine circulatoire centrale;
  • Asphyxie d’origine circulatoire périphérique.

Les deux premières sont directement reliées au système de ventilation dont les organes principaux sont les poumons tandis que les deux dernières sont reliées au système de circulation du sang dont l’organe principal est le coeur. Les brûlures électrothermiques et la fibrillation ventriculaire cardiaque sont les facteurs majeurs de décès par électrisation. Pour mieux comprendre la fibrillation cardiaque, c’est-à-dire les contractions rapides et désordonnées des fibres musculaires, il est bien de faire une courte description du fonctionnement du coeur.

Le coeur est une pompe qui comprend deux côtés. Le côté droit reçoit le sang en provenance de l’organisme, puis l’achemine vers les poumons qui éliminent les déchets, principalement le gaz carbonique et ajoutent de l’oxygène frais. Par ailleurs, le côté gauche reçoit le sang oxygéné venant des poumons et l’éjecte dans les gros vaisseaux, les artères, vers le reste de l’organisme. Lors de chaque battement du coeur, le sang propulsé dans les artères crée un pouls que l’on peut palper. Le pouls varie en fonction de l’âge, de la forme physique et du niveau d’activité. 2 Si le coeur ne peut fournir de sang au cerveau, les dommages irréversibles et la mort surviennent très rapidement. L’humain ne peut survivre plus de quelques minutes s’il est privé de sang artériel.

Le coeur se compare à un ensemble de deux pompes synchronisées dont la masse totale est en moyenne de 280 g. Ses principales caractéristiques sont les suivantes :

  • Puissance nominale de 4 à 5 W;
  • Puissance instantanée de 20 W;
  • Auto-alimenté par les artères coronaires, c’est-à-dire extrait son énergie de l’oxygène comme les autres muscles;
  • Capable d’effectuer 60 - 74 battements par minutes pendant 600 000 heures avec une fiabilité de 100%;
  • Débit d'environ 5 litres par minute soit en moyenne 7200 litres de sang par jour;
  • Fonctionnement réglé par les signaux de commande venant du cerveau;
  • Masse d'environ 280 à 400 g;
  • Diamètre de 12 à 14 cm.
Le coeur

L’électrocardiogramme permet d’enregistrer la forme de l’activité électrique associée à la contraction du muscle cardiaque durant un battement. Quand une impulsion issue du noeud sinusal se propage dans le coeur, elle produit des courants électriques qui affectent les liquides corporels et les tissus adjacents jusqu’à la surface du corps. Il est possible, à l’aide d’électrodes, de déceler et d’enregistrer les potentiels électriques générés par le coeur. Les électrodes selon leur position sur le corps permettent d’obtenir un tracé correspondant aux différentes phases du cycle cardiaque.

Le tracé normal (fig. 3.1) d’un battement cardiaque présente une série d’ondes émises à intervalles réguliers et identifiées par les lettres P, Q, R, S, T. L’onde P provient de courants électriques produits durant la dépolarisation des oreillettes. Le complexe QRS correspond à la dépolarisation des ventricules. L’onde T provient de courants engendrés lorsque les ventricules se repolarisent, c’est-à-dire lorsqu’elles récupèrent après leur dépolarisation. L’onde de récupération équivalente pour les oreillettes n’apparaît pas sur le tracé, car elle a lieu pendant la dépolarisation ventriculaire et se trouve masquée par le complexe QRS. La forme des différentes ondes, ainsi que la durée des intervalles entre les ondes permettent de diagnostiquer les anomalies du système conducteur cardiaque.

Pour qu’il y ait fibrillation ventriculaire, le courant doit passer par la région cardiaque et le choc électrique doit atteindre le coeur après la phase de contraction produisant l’éjection du sang dans l’aorte, au moment où le coeur se prépare à se remplir de nouveau de sang: c’est la phase vulnérable (onde T de l’électrocardiogramme). Cette phase dure environ 10% à 20% du cycle. C’est la plus dangereuse du cycle car l’intensité du courant qui provoque la fibrillation ventriculaire (fig. 3.2) est 4 à 5 fois plus faible que dans les autres phases; ce qui explique que la fibrillation puisse apparaître dans certaines situations et pas dans d’autres apparemment identiques. La fibrillation ventriculaire se déclenche pour une certaine intensité de courant, si le temps de passage du courant est suffisant.

Le muscle cardiaque est un tissu fondamentalement excitable. Lors d’une électrisation, tous ses foyers peuvent se mettre à décharger de façon anarchique à des fréquences élevées. Ces contractions anarchiques sont incapables d’assurer une contraction correcte du muscle cardiaque qui devient l’analogue d’une pompe désamorcée. En l’absence de manoeuvres de réanimation pratiquées immédiatement après la coupure du courant, la victime meurt dans les trois à dix minutes qui suivent ce phénomène.

Période vulnérable des ventricules

Figure 3.1 Situation de la période vulnérable des ventricules pendant le cycle cardiaque

Fibrillation ventriculaire

Figure 3.2 Déclenchement de la fibrillation ventriculaire dans la période vulnérable. Effets sur l’électrocardiogramme (ECG) et la tension artérielle.

Effets du choc électrique

Les effets ressentis par un être humain lors d’une électrisation sont très diversifiés. On retrouve les effets immédiats suivants :

  • Effets excito-moteurs;
  • Secousse électrique (contraction vive unique du muscle);
  • Contraction musculaire;
  • Tétanisation des muscles respiratoires (contraction maintenue des muscles);
  • Fibrillation ventriculaire;
  • Inhibition des centres nerveux;
  • Brûlures électrothermiques;
  • Brûlures par arc.

Suite à une électrisation, une personne peut avoir des complications et des séquelles d’une durée plus ou moins longue, quelques jours, des mois ou même des années. On observe les effets suivants :

  • Des complications cardio-vasculaires;
  • Des complications neurologiques (organiques et/ou psychiques);
  • Des complications rénales;
  • Des troubles oculaires;
  • Des troubles auditifs;
  • Des séquelles cutanées, tendineuses et muqueuses.
  • Brûlures électrothermiques;
  • Brûlures par arc.

Différents facteurs interviennent dans les effets du courant électrique :

  • L’intensité du courant;
  • L’impédance du corps humain entre les points de contact;
  • La fréquence du courant;
  • Le temps de contact;
  • Le trajet du courant.

Si on dit classiquement que "l'intensité tue" et que "la tension brûle" (d'Arsonval) il convient de remarquer que cette manière d'exprimer les choses n'est pas tout à fait exacte car elle sous entend que, seul un paramètre compte (l'intensité en cas de fibrillation ventriculaire et la tension en cas de survenue de brûlures graves). Il n'est pourtant pas exceptionnel de retrouver des brûlures lors des accidents électriques en basse tension et des décès par FV lors d'accidents électriques en haute tension. En réalité c'est l'énergie (W : exprimée en Joules) qui détermine l'importance des lésions thermiques ainsi que la survenue de troubles liés à un effet direct (non thermique) du courant électrique (effet excito-moteur ou inhibiteur sur le coeur ou sur les centres nerveux). La quantité d'énergie libérée est quantifiée par les lois physiques de Joule et d'Ohm. Une équation simple permet d’évaluer le risque électrique:

W = E.I.t

  • W = quantité d’énergie (J) que reçoit l’humain lors de l’électrisation;
  • E = tension de contact (V);
  • I = intensité de courant traversant le corps (A);
  • t = temps de contact (s).

Les seuils

L’équation précédente démontre l’influence de l’intensité du courant et du temps sur les effets des chocs électriques. Afin de pouvoir quantifier l’intensité d’un choc, la CEI (Commission Électrotechnique Internationale) a défini plusieurs seuils correspondants aux différents effets provoqués par le passage du courant à travers l’organisme. Les données obtenues par la CEI concernent les effets pour une fréquence de 50 ou 60 Hz mais sont considérées comme applicables dans la gamme de fréquences de 15 Hz à 100 Hz.

1 - Seuil de perception

Le seuil de perception correspond à la valeur minimale du courant qui provoque une sensation pour la personne à travers laquelle ce courant passe. Cette valeur est fixée à 0,5 mA en ca et à 2 mA en cc (fig.3.3).

Le seuil de perception dépend de plusieurs paramètres tels que la surface du corps, le point de contact avec une électrode (surface de contact), les conditions de contact (sèches, humides, pression, température), ainsi que des caractéristiques physiologiques de l’individu. Ce seuil correspond à l’excitation des terminaisons nerveuses sensitives qui détermine une sensation de picotements ou de choc léger. Ce seuil varie d’une personne à l’autre; il varie aussi selon l’endroit de contact (l’oeil, la langue, la main...).

En courant alternatif, le seuil de perception est traversé de façon périodique; il en résulte une sensation répétitive. Par contre, en courant continu, seuls l’établissement et l’interruption du courant sont perçus et aucune autre sensation n’est ressentie pendant le passage du courant au niveau du seuil de perception.

Seuil de perception

Figure 3.3 Seuil de perception

2 - Seuil de non-lâcher ou seuil de tétanisation musculaire

Le seuil de non-lâcher correspond à la valeur maximale du courant pour laquelle une personne qui tient des électrodes peut les lâcher. Ce seuil en courant alternatif est de 10 mA (fig.-3.4).

Seuil de non-lâcher

Figure 3.4 Seuil de non-lâcher pour différentes fréquences

Ce seuil dépend de plusieurs paramètres tels que la surface de contact, la forme et la dimension des électrodes ainsi que des caractéristiques physiologiques de la personne.

À titre d’exemple, si les muscles atteints par le courant sont les fléchisseurs des avant-bras et que l’intensité du courant est supérieure au seuil, le sujet peut être incapable de lâcher prise. Par ailleurs, la contraction des muscles respiratoires se produit quand l’intensité en courant alternatif se situe aux alentours de 25 mA. Ces contractions disparaissent immédiatement si le courant est coupé rapidement. Dans le cas où le passage du courant se maintien plus de 3 minutes, il y a asphyxie ventilatoire due au ralentissement ou à l’arrêt de la respiration. 5 Par contre, en courant continu, il n’est pas possible de définir un seuil de non-lâcher pour des intensités inférieures à 300-mA environ. Seuls l’établissement et l’interruption du courant provoquent des douleurs et des contractions musculaires. Pour des courants supérieurs à 300 mA environ, la possibilité de lâcher peut n’apparaître qu’après quelques secondes ou quelques minutes de durée de choc, ou même pas du tout.

3 - Seuil de fibrillation ventriculaire

Le seuil de fibrillation ventriculaire correspond à la valeur minimale du courant qui provoque la fibrillation ventriculaire. En courant alternatif cette valeur se situe habituellement entre 100 et 200 mA. Ce seuil dépend autant des paramètres physiologiques (anatomie du corps, état des fonctions cardiaques, etc.) que de paramètres électriques (durée et parcours du courant, forme du courant, etc.).

En courant alternatif (50 Hz ou 60 Hz), le seuil de fibrillation décroît considérablement si la durée de passage du courant est prolongée au-delà d’un cycle cardiaque. Pour des durées de choc supérieures à la durée d’un cycle cardiaque, le seuil de fibrillation en courant continu est plusieurs fois plus grand qu’en courant alternatif. Pour des durées de choc inférieures à 200 ms, le seuil de fibrillation est approximativement le même en courant continu et en courant alternatif exprimé en valeur efficace.

4 - Seuil de brûlure

Le seuil de brûlure correspond à la valeur minimale de densité de courant qui provoque une brûlure au corps humain. Ce seuil est difficile à déterminer car il met en cause un paramètre variable: la résistance du point d’entrée et du point de sortie.

Par contre, il est possible de provoquer une brûlure légère en quelques secondes avec une densité de courant de 10 mA/mm 2 . Pour 70 mA/mm 2, on obtient une véritable carbonisation.

5 - Seuil de micro-choc (lors d’interventions chirurgicales)

Lorsque le courant électrique est apporté directement au voisinage du myocarde (ou de l’encéphale), des intensités très faibles peuvent déclencher une fibrillation ventriculaire. Dans ces conditions, des courants de 20 à 100 µA sont suffisants.

Effets du courant chez un être Humain

Selon la norme 479 de la CEI, la figure 3.5 résument les effets du courant en courant alternatif chez un être humain tandis que la figure 3.6 résument les effets en courant continu. Ces figures montrent très clairement la relation qui existe entre la durée du choc et l’importance des dégâts.

Courant Alternatif (C.A)

Zones du temps en fonction du courant alternatif

Figure 3.5 Zones du temps en fonction du courant pour les effets en Courant alternatif (15 à 100 Hz) sur des personnes.

Zone 1 Habituellement aucune réaction.
Zone 2 Habituellement aucun effet physiologique dangereux.
Zone 3 Habituellement aucun dommage organique. Probabilité de contractions musculaires et de difficultés de respiration, de perturbations réversibles dans la formation et la propagation des impulsions dans le coeur, y compris la fibrillation auriculaire et des arrêts temporaires du coeur sans fibrillation ventriculaire, augmentant avec l’intensité du courant et le temps.
Zone 4 En plus des effets de la zone 3, probabilité de la fibrillation ventriculaire augmentant jusqu’à environ 5% (courbe c 2 ), jusqu’à environ 50% (courbe c 3 ) et plus de 50% au-delà de la courbe c 3 . Augmentant avec l’intensité et le temps, des effets patho-physiologiques tels qu’arrêt du coeur, arrêt de la respiration, brûlures graves peuvent se produire.

Courant Continu (C.C)

Zones du temps en fonction du courant continu

Figure 3.6 Zones du temps en fonction du courant en courant continu.

Zone 1 Habituellement aucune réaction.
Zone 2 Habituellement aucun effet physiologique dangereux.
Zone 3 Habituellement aucun dommage organique. Perturbations réversibles dans la formation et la propagation des impulsions dans le coeur, augmentant avec l’intensité du courant et le temps.
Zone 4 Fibrillation ventriculaire probable. D’autres effets pathophysiologiques, tels que des brûlures graves, sont à prévoir en plus des effets de la zone 3, augmentant avec l’intensité du courant et le temps.

Les principales différences entre les effets du courant alternatif et ceux du courant continu sur le corps humain proviennent du fait que les excitations produites par le courant (stimulation des nerfs et des muscles et provocation de la fibrillation auriculaire ou ventriculaire du coeur) sont liées aux variations d’intensité notamment lorsque le courant est établi ou interrompu. Pour produire une même excitation, les intensités constantes nécessaires en courant continu sont de deux à quatre fois supérieures à celles qui sont nécessaires en courant alternatif.

Les accidents en courant continu se produisent seulement dans des conditions très défavorables, par exemple, dans des mines. En courant continu, il est moins difficile de lâcher des parties tenues à la main; pour des durées de choc supérieures à la période du cycle cardiaque, le seuil de fibrillation ventriculaire est beaucoup plus élevé qu’en courant alternatif.

Impédance du corps humain

Pour un même trajet du courant à travers le corps humain, le danger qu’encourent les personnes dépend essentiellement de l’intensité et de la durée de passage du courant. La relation entre le courant et la tension n’est pas linéaire du fait que l’impédance du corps humain varie avec la tension de contact.

Les différentes parties du corps humain (la peau, le sang, les muscles, les articulations...) présentent pour le courant électrique une certaine impédance composée d’éléments résistifs et réactifs capacitifs. Les valeurs de ces impédances dépendent d’un certain nombre de facteurs et notamment du trajet du courant, de la tension de contact, de la durée de passage du courant, de la fréquence du courant, de l’état d’humidité de la peau, de la surface de contact, de la pression exercée et de la température (tabl. 3.7).

L’impédance de la peau décroît rapidement lorsque le courant augmente. L’impédance totale du corps humain dépend beaucoup de l’impédance de la peau, sauf lorsque celle-ci est humide ou perforée suite à une brûlure. Habituellement, la résistance du corps humain est estimée à 1000 Ω (ou 500 Ω), ce qui constitue le pire des cas.

Impédance du corps humain

Tableau 3.7 Impédance du corps humain

Sexe versus choc

Les effets du courant sont sensiblement les mêmes pour les hommes et les femmes. Cependant, les niveaux de courant auxquels les mêmes effets apparaissent sont inférieurs chez les femmes. Cette différence s’explique par le fait que les femmes sont en général plus petites et moins lourdes que les hommes, donc leur impédance est sensiblement différente. Si au lieu d’indiquer l’intensité du choc en ampères, les courbes étaient données en densité de courant exprimée en ampères par kilogramme, les différences auraient tendance à s’estomper.

Pour une femme enceinte, il est possible que, suite à une électrisation, la mère et le foetus survivent, que la mère survive alors que le foetus meure, que la mère et le foetus meurent, ou bien la mère meure et le foetus survive, mais ce cas est très exceptionnel.

Les premiers soins

En présence d’une personne venant de subir un choc électrique, il faut couper le courant le plus vite possible. Il faut parfois envisager une chute possible de l’accidenté lors de la coupure du courant. S’il est impossible de couper rapidement le courant, il faut libérer l’accidenté du contact avec les parties sous tension. Le sauveteur doit s’isoler ou utiliser un élément isolant (perche à corps, bois sec, tissus épais...).

Une fois la victime dégagée, il faut appeler les services médicaux d’urgence. Si la victime est consciente, l’allonger en position latérale de sécurité. Si la victime est inconsciente, vérifier sa respiration. Sur un individu inconscient, on peut constater si celui-ci a manqué d’oxygène par la couleur de sa peau. Ceci s’explique par le fait que la dernière priorité du corps humain concerne l’oxygénation de la peau. En l’absence de respiration, pratiquer la réanimation cardiorespiratoire.

Une personne en état de fibrillation ventriculaire peut être sauvée par les ambulanciers car les ambulances sont munies d’appareils de défibrillation semi-automatiques. Les ambulanciers peuvent sauver des vies dans 46% des cas au cours des 8 premières minutes et dans 10% des cas au cours des 16 premières minutes. La défibrillation est l’usage thérapeutique d’un courant électrique appliqué en grande quantité pour une courte durée. Le choc de défibrillation dépolarise temporairement le coeur aux battements irréguliers et lui permet de reprendre une activité plus coordonnée. Pratiquer la réanimation cardiorespiratoire en attendant le défibrillateur prolonge la fibrillation ventriculaire, donc retarde l’entrée en asystolie et contribue à la conservation du coeur et des fonctions du cerveau. Par contre, la réanimation cardiorespiratoire à elle seule ne peut permettre au coeur de reprendre un rythme normal. C’est le choc appliqué à la victime qui permet la défibrillation.

Dans certains cas, la victime d’un choc électrique, peut n’avoir aucune trace, mais souffrir des effets immédiats. Par ailleurs, la victime peut présenter des brûlures simples ou très graves. Les brûlures électrothermiques sont toujours plus graves que les brûlures ayant une autre origine car elles sont à la fois externes et internes (profondes). Parfois peu apparentes lors d’un premier examen, leur gravité réelle apparaît secondairement. La destruction des tissus qui résulte d’une brûlure interne engendre une libération de chromoprotéines et en particulier de myoglobines. Celles-ci affectent le fonctionnement des reins, et des moyens rapides doivent être pris pour corriger cette situation pour éviter un empoisonnement du sang. Une alcanisation au moyen de solutions bicarbonatées administrées au sujet aide à corriger les effets négatifs.

Même s’il n’y a aucune trace apparente, une fois rendue à l’hôpital, la victime d’un choc électrique sérieux doit demeurer sous observation pendant environ 24 heures, selon les protocoles de premiers soins. Les séquelles de l’électrisation apparaissent parfois quelques heures après le choc. Le coeur demeure donc vulnérable. Il faut le surveiller par électrocardiogramme. Dans un cas récent à la suite d’un choc subit dans le métro, une personne est retournée chez elle trop rapidement. Elle est morte dans son sommeil.

Pour toute électrisation, il est bon d’effectuer une enquête dans un but de prévention.

Fonctionnement d'un défibrillateur

Comme son nom l’indique, le défibrillateur est un appareil utilisé par les techniciens ambulanciers ou lors d’intervention d’urgence en milieu hospitalier pour mettre fin à un état de fibrillation cardiaque. Du point de vue électrique, cet appareil est relativement simple: un condensateur d’une cinquantaine de microfarads est chargé à une tension pouvant atteindre 7 kV ou plus. À l’aide d’électrodes placées sur la poitrine de la personne en état de fibrillation, le condensateur est déchargé dans la région cardiaque. Ce choc entraîne l’arrêt complet du coeur par surcharge du système nerveux. Suite à ce choc, ou à une série de choc, le coeur reprend de lui-même un rythme normal.

Habituellement, les chocs sont appliqués avec une quantité d’énergie croissante, 200 J lors du premier essai, entre 200 et 300 J au deuxième et environ 360 J au dernier. L’énergie maximale disponible est habituellement d’environ 400 J. Pour les enfants, 50 J peut suffire.

La forme de l’impulsion produite par le défibrillateur doit être conforme à des normes spécifiques. Deux types d’impulsions sont acceptables: une sinusoïde amortie (fig. 3.8) ou une exponentielle tronquée (fig. 3.9). La durée de l’impulsion est de l’ordre de quelques millisecondes.

Onde sinusoïdale amortie

Figure 3.8 Paramètre de la forme d'onde sinusoïdale amortie

Onde exponentielle tronquée

Figure 3.9 Paramètres de la forme d’onde exponentielle tronquée

L’utilisation d’une source de haute tension dans des conditions souvent précaires n’est pas sans risque tant pour le patient que pour le personnel. L’énergie en jeu est suffisante pour produire des brûlures. Pour réduire les risques au minimum, une gelée conductrice est appliquée sur les électrodes. Le personnel qui entoure le patient doit s’éloigner pour ne pas recevoir de choc. De plus, tous les appareils électroniques qui peuvent être reliés au patient (en particulier l’électrocardiographe) doivent avoir des entrées protégées. Toutes les personnes qui utilisent un défibrillateur doivent subir un entraînement approprié renouvelé à intervalles réguliers.

Utilisation

Il existe des défibrillateur automatique fonctionnant au moyen d'une batterie, dont le rôle est d'analyser l'activité du cœur d'une personne en arrêt cardio-respiratoire. Cette analyse est entièrement automatique, ce qui évite à l'opérateur toute prise de décision. Seuls des chocs externes sont possibles, c'est-à-dire que les électrodes sont placées sur la peau du patient. Si elle détecte un rythme choquable, la machine permet de délivrer un choc électrique, ou défibrillation. Le premier défibrillateur automatique commercial date de 1994. La défibrillation précoce associée à la réanimation cardio-pulmonaire augmente fortement les chances de survie d'une personne en arrêt cardio-respiratoire qui présente une fibrillation ventriculaire, principale cause de mort subite chez l'adulte. Afin que ce geste médical puisse être effectué le plus rapidement possible, des appareils simplifiés nommés défibrillateurs entièrement automatiques (DEA) ou défibrillateurs semi-automatiques (DSA) ont été créés. Ces appareils procèdent automatiquement au diagnostic de la fibrillation ventriculaire, grâce à un logiciel d'analyse de tracé électrocardiographique. Ils sont utilisables par les secouristes et sapeurs-pompiers, mais aussi par le public non formé.

Le défibrillateur automatisé ne doit être posé que sur une personne de plus de un an qui ne respire pas. Bien que le défibrillateur agisse sur le cœur, l'arrêt de la respiration est un critère suffisant pour le grand public car la prise du pouls représente une perte de temps pour un résultat peu fiable. Les personnels formés à la prise du pouls peuvent, quant à eux, constater l'arrêt cardio-circulatoire avant de poser l'appareil. En cas de doute, il vaut mieux installer le défibrillateur automatique car, de toutes façons, il ne choquera que si c'est utile. L'arc électrique doit passer dans le corps au travers du cœur et non pas à l'extérieur, il faut donc :

  • S'assurer que l'on n'est pas dans une atmosphère explosive (fuite de gaz...);
  • Mettre la victime sur une surface sèche, non métallique;
  • Dénuder le torse de la victime;
  • Sécher rapidement, en cas de besoin, le torse de la victime;
  • Si nécessaire, raser les poils à l'endroit où l'on va poser les électrodes, pour permettre un bon contact ;
  • Allumer l'appareil et suivre les consignes qu'il donne : "coller les électrodes auto collantes sur la poitrine nue de la victime" en suivant les dessins (en général une au niveau de la clavicule droite, l'autre sous l'aisselle gauche) et, sur certain appareil, "brancher le câble".

Il faut pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire (bouche-à-bouche et massage cardiaque) avant et après la pose du défibrillateur automatisé. Lorsque le défibrillateur automatisé est allumé, l'appareil émet des invites vocales donnant des instructions. Il faut notamment que personne ne touche la victime pendant l'analyse du rythme cardiaque et la délivrance des chocs (la réanimation est provisoirement interrompue).

Depuis le Décret n° 2007-705 du 4 mai 2007 relatif à l'utilisation des défibrillateurs automatisés externes par des personnes non médecins et modifiant le code de la santé publique, « Toute personne, même non médecin, est habilitée à utiliser un défibrillateur automatisé externe répondant aux caractéristiques définies à l'article R. 6311-14 ». (Art. R. 6311-15). L'article R. 6311-14 faisant partie du même décret, spécifiant « Les défibrillateurs automatisés externes, qui sont au sens de la présente section les défibrillateurs externes entièrement automatiques et les défibrillateurs externes semi-automatiques, sont un dispositif médical dont la mise sur le marché est autorisée suivant les dispositions du titre Ier du livre II de la partie V du présent code ».

Depuis le 4 mai 2007, tout citoyen français est donc autorisé à utiliser un défibrillateur automatisé externe, que ce soit un DEA ou un DSA, sans précisions concernant la formation initiale et/ou continue. Il faut préciser que la date de signature de ce décret, le 4 mai 2007, n'est pas le fruit du hasard ; c'est grâce au travail de l'association "PARIS réveille mon coeur" présidée par le Professeur Goeau Buissonniere et le Docteur Rifler, et le soutient de la Mutuelle Générale de Paris, qu'un membre de l'association Jean-Sébastien Garde du Cœur a fait une marche de Marseille à Paris pour rencontrer des élus, les sensibiliser à ce problème et pour les convaincre de l'utilité de l'installation de ces appareils. Le 4 mai était, le dernier jour de la marche et le premier anniversaire de la disparition de Jean-Sébastien à l'âge de 12 ans et demi (suite à un arrêt cardiaque subit).

Guide national de référence - Formation à l'utilisation du défibrillateur semi-automatique (GNRFUDSA)

DAE

Défibrillateur DAE, DEA, DSA ou DA ? Quelle différence ?

Ceci mérite un éclaircissement.

  • Défibrillateur DAE signifie « Défibrillateur Automatisé Externe », c’est la famille des appareils automatisés comprenant les DEA et les DSA.
  • Défibrillateur AED vient du terme anglais « Automated External Defibrillator » et équivaut au terme français DAE.
  • Défibrillateur DEA signifie « Défibrillateur Entièrement Automatique ». Ce type d’appareil délivre lui-même le choc électrique de défibrillation lorsqu’il est jugé nécessaire suite à l’analyse de l’électrocardiogramme du patient.
  • Défibrillateur DSA signifie « Défibrillateur Semi-Automatique ». Ce type d’appareil analyse l’état du patient grâce à des électrodes, tout comme le DEA, mais n’administre pas la défibrillation automatiquement, il faut appuyer sur un bouton pour envoyer le choc électrique
  • Défibrillateur DA est parfois utilisé pour désigner un « Défibrillateur Automatique » (sous-entendu DEA) et parfois pour parler d’un « Défibrillateur Automatisé » (sous-entendu DAE)

Signalétique

Pour trouver facilement un défibrillateur automatique en cas d'urgence, une signalétique facilement reconnaissable est primordiale. Hors aujourd'hui encore, des signalétiques différentes indiquent les zones d'implantation des défibrillateurs automatiques (triangle rouge, coeur rouge et blanc ou coeur vert accompagné de la mention "Défibrillateur"...).

Pour uniformiser la signalétique du défibrillateur automatique, l’ILCOR (Comité de Liaison International sur la Réanimation) recommande l’utilisation d’un logo composé d’un coeur blanc sur fond vert, avec un éclair vert et une petite croix blanche sur le côté. Le logo peut être accompagné de la mention « DAE » ou d’un équivalent local. Cette signalétique peut être complétée par une flèche normalisée afin d’indiquer la direction à prendre pour trouver le défibrillateur automatique le plus proche.

En France, l'arrêté du 16 août 2010 fixe les modalités de signalisation des défibrillateurs et les modèles graphiques à respecter. Quatre panneaux sont ainsi définis, l'un indiquant que l'établissement est équipé, les 3 autres permettant de localiser l'appareil. Un guide de choix des appareils et de leur implantation dans les entreprises souhaitant s'équiper est disponible sur le site du Ministère du travail www.travailler-mieux.gouv.fr

DAE DAE DAE DAE

Vous pouvez consulter le tableau dans le J.O n° 202 du 01/09/2010 texte numéro 48

Formation

L'utilisation du défibrillateur est comprise dans la formation aux premiers secours du grand public (PSC1), d'une durée de dix heures environ. Elle est aussi au programme du PSE1, la formation de base des secouristes qualifiés, pompier ou nageur-sauveteur, ainsi que de l'AFGSU, la formation de secourisme des personnels médicaux. La formation continue est obligatoire pour les titulaires du PSE1 et recommandée pour les autres.

Cadre règlementaire

Une proposition de loi a été déposée le 1er juin 2011 à l’Assemblée nationale et renvoyée devant la commission des affaires sociales, afin de rendre obligatoire l’installation de défibrillateurs automatiques externes dans les établissements recevant du public (ERP). Pour mémoire, un décret du 4 mai 2007 habilite d’ores et déjà toute personne, même non médecin, à utiliser un défibrillateur automatisé externe (article R6311-15 du code de la santé publique). Par ailleurs, une sensibilisation de la population à l’utilisation d’un défibrillateur cardiaque a été mise en place par un arrêté du 6 novembre 2009. En raison de l’importance des défibrillateurs dans le secours des personnes faisant une crise cardiaque, il est proposé que les ERP soient équipés, dans un délai de cinq ans, d’au moins un défibrillateur automatique externe. Ainsi, le code de la construction et de l’habitation (CCH) serait complété par un article L130-1, qui imposerait à tout ERP d’ être équipé d’un défibrillateur automatique externe, dans des conditions à fixer par décret. Cet article serait inséré au sein d’un chapitre : « Équipement des établissements recevant du public en défibrillateurs automatiques externes ».

Proposition de loi rendant obligatoire l’équipement des établissements recevant du public en défibrillateurs automatiques externes, enregistrée à l’Assemblée nationale le 01/06/2011, n° 3498

...La suite prochainement...

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